De l'arrêt des cotisations à la fermeture du siège social : une crise financière frappe l'Union générale du travail tunisienne
De l'arrêt des cotisations à la fermeture du siège social : une crise financière frappe l'Union générale du travail tunisienne
La direction de l'Union générale du travail tunisienne est confrontée à une crise financière croissante qui l'a contrainte à fermer plusieurs sièges de l'organisation faute de pouvoir payer les loyers, ce qui témoigne de l'ampleur des pressions auxquelles est confrontée la plus ancienne organisation syndicale du pays.
Dans un reportage d'des sources médiatiques, réalisé par Lotfi Hajji en Tunisie, la crise montre comment le syndicat s'est trouvé dans l'incapacité de payer les loyers de plusieurs de ses sièges et a dû les fermer, malgré l'adoption de mesures d'austérité qui n'ont pas permis d'enrayer l'hémorragie financière.
La crise est principalement liée à la suspension du prélèvement automatique des cotisations sur les salaires des travailleurs et des employés, ce qui a affaibli l'apport d'une ressource financière essentielle à la trésorerie de l'organisation.
Ce mécanisme permettait le prélèvement direct des cotisations syndicales sur les salaires, notamment pour les employés du secteur public. Cependant, depuis sa suspension, les structures syndicales doivent inciter leurs membres à payer directement leurs cotisations, ce qui perturbe la régularité des prélèvements et complique le financement des dépenses de fonctionnement et des charges syndicales.
L'analyste politique Hassan Ayadi qualifie le prélèvement automatique de « talon d'Achille » du système syndical, affirmant que les autorités tunisiennes étaient conscientes de l'importance de ce mécanisme et que sa suspension a plongé l'organisation dans une crise qui exige une solution. Il estime que cette solution consiste à persuader les membres, notamment les employés du secteur public, de verser directement leurs cotisations au syndicat.
Les observateurs estiment que le président tunisien Kaïs Saïed a ainsi directement donné son feu vert au Premier ministre pour prendre une décision visant à empêcher les prélèvements automatiques, « ce qui nuira considérablement aux ressources financières du syndicat et à sa capacité de financer ses activités ».
Cet impact est mis en évidence par la crise documentée dans le reportage d’des sources médiatiques, la collecte directe des cotisations auprès des membres étant devenue un défi supplémentaire pour les structures du syndicat.
L'austérité ne suffit pas
Le rapport ne fournit pas de chiffres sur l'ampleur du déficit ou des dettes, ni sur le nombre de sièges sociaux fermés, mais il constate que la crise a atteint un point tel qu'il était impossible de payer les loyers de certains sièges sociaux et qu'il a fallu les fermer, malgré l'adoption d'une politique d'austérité.
Ici, le problème ne semble pas se limiter à un aspect administratif ou financier, mais concerne plutôt la capacité du syndicat à financer ses activités quotidiennes, à payer les salaires de ses employés et à maintenir sa présence organisationnelle dans les entités et les secteurs.
Le secrétaire général adjoint de l'Union générale tunisienne du travail, Salah Eddine Salmi, souligne que la demande de dialogue social ne doit pas se réduire à une tentative de rétablissement des prélèvements automatiques.
Il affirme que les structures syndicales doivent compter sur elles-mêmes pour collecter les cotisations et se procurer leurs propres ressources afin de payer les salaires des employés et de financer l'activité syndicale, soulignant que le dialogue social est « plus large » que la seule question des cotisations.
La position d’Al-Salmi reflète une tentative de concilier deux voies : une crise financière qui nécessite la recherche d’alternatives au recouvrement, et un dialogue social que le syndicat considère comme plus large que la question de son financement, et lié aux conditions économiques et sociales du pays.
relation tendue
Ces difficultés financières surviennent dans un contexte de détérioration des relations entre le syndicat et les autorités, après que le syndicat a initialement soutenu les mesures du président Kais Saied le 25 juillet 2021, avant que le fossé entre les deux parties ne se creuse par la suite.
Le reportage d’des sources médiatiques note l’accusation du syndicat selon laquelle les autorités sont hostiles au dialogue, tandis que des observateurs ont évoqué de multiples pressions subies par l’organisation, notamment des poursuites contre des membres du syndicat et l’ouverture de dossiers de corruption contre certains d’entre eux, en plus de la suspension du prélèvement automatique.
En toile de fond, le syndicat demeure un acteur clé de l’histoire sociale et nationale tunisienne depuis sa fondation en 1946, et il a joué un rôle central dans le dialogue national de 2013. Mais la crise actuelle le confronte à un défi différent : comment maintenir son indépendance et sa capacité organisationnelle alors que la collecte des cotisations des membres devient un défi quotidien, et non plus une simple procédure administrative de routine ?
Entre la fermeture de bureaux et les tentatives de mobilisation de ressources propres, la question demeure pour le syndicat : peut-il mettre en place un mécanisme de collecte alternatif et stable qui préserve le financement de ses activités et l’indépendance de ses décisions ?
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