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Tribune libre : Pourquoi les identités ne devraient-elles pas être politisées ?

Tribune libre : Pourquoi les identités ne devraient-elles pas être politisées ?

Tribune libre : Pourquoi les identités ne devraient-elles pas être politisées ?

La question de l'identité est devenue l'un des enjeux les plus prégnants des débats politiques et intellectuels contemporains. Ses dimensions culturelles, religieuses, linguistiques et historiques influencent la formation de la conscience des individus et des groupes et affectent la construction culturelle, sociale et politique des sociétés.

À mon avis, le problème n’est pas l’existence des identités en soi, en tant qu’expression naturelle de la diversité humaine, mais leur transformation en instruments de lutte politique et de compétition pour le pouvoir, connue sous le nom de « politisation des identités ». Lorsque l’identité est transformée d’un cadre culturel inclusif en un moyen de mobilisation et de polarisation, elle devient une source de division et de tension plutôt qu’un facteur de coexistence et de richesse culturelle.

Ce qui rend la politisation des identités dangereuse, c'est qu'elle menace l'unité et la cohésion de la société et sape le concept de citoyenneté. L'État moderne est fondé sur le principe de l'égalité de tous les citoyens devant la loi, indépendamment de leurs appartenances religieuses, linguistiques ou ethniques, tandis que le discours identitaire prône la catégorisation des individus en groupes fermés qui se disputent les droits et les privilèges.

Au lieu de se sentir pleinement citoyens, leur identité détermine leur position au sein de la société, ce qui ouvre la porte à l'exclusion, à la discrimination et au manque d'égalité des chances.

De plus, la politisation de l'identité alimente les divisions, les tensions et les conflits au sein de la société. Les identités politiques reposent souvent sur l'idée d'une distinction nette entre « nous » et ce qui nous distingue de « l'autre », ce qui crée un état de polarisation et de tension permanent.

De nombreuses expériences à travers l'histoire ont montré que l'exploitation des affiliations sectaires, ethniques ou religieuses dans la sphère politique a conduit à des conflits dévastateurs et à des guerres civiles. Les groupes en conflit commencent à se regarder avec suspicion et hostilité plutôt qu'avec coexistence et partenariat national.

Le discours identitaire sert souvent à détourner l'attention des véritables problèmes auxquels les sociétés sont confrontées, tels que la pauvreté, le chômage, l'éducation, la santé et le développement. Certains responsables politiques attisent les passions et s'attirent des soutiens en mettant en avant les questions identitaires plutôt qu'en proposant des solutions réalistes aux problèmes sociaux et économiques.

La politique se transforme ainsi d'un lieu de gestion rationnelle des affaires publiques en un lieu de conflits symboliques et émotionnels.

L'identité n'est ni fixe ni statique ; c'est une construction sociale et culturelle multidimensionnelle et évolutive. Un individu peut avoir de multiples affiliations, telles que nationales, culturelles, religieuses, linguistiques et humanitaires. Cependant, politiser l'identité réduit une personne à une seule dimension, faisant de cette dimension un critère de jugement ou de catégorisation. Cela conduit à la création de stéréotypes réducteurs et fragilise les liens qui unissent la société.

Rejeter la politisation des identités ne signifie pas appeler à l'élimination des spécificités culturelles, linguistiques ou religieuses ; il s'agit plutôt de gérer cette diversité dans un cadre national inclusif fondé sur la citoyenneté, la justice, l'égalité et la reconnaissance mutuelle.

Nous avons déjà abordé cette question dans notre ouvrage « Identité amazighe et nationale : entre discours politique et inscription constitutionnelle », dans lequel nous concluons que la citoyenneté est le cadre civil, fondé sur les droits, capable d’intégrer toutes les différences, quelle que soit leur forme.

Les sociétés démocratiques fortes ne sont pas celles qui nient le pluralisme, mais celles qui réussissent à en faire une source de richesse et de complémentarité plutôt qu'une cause de désunion et de division.

L’avenir des nations ne peut se construire sur des loyautés étroites et des divisions identitaires, mais plutôt sur un projet national inclusif qui garantisse l’égalité entre tous les citoyens et fasse de la diversité un catalyseur d’unité, et non une cause de désunion.

Mustapha Antra, docteur en philosophie, chercheur universitaire


Catégorie : Tribunes libres | Publié le 17/07/2026 à 00:38 | Par NewsDuMaroc.com