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Ahmadinejad et le Mossad : que cache le récit du recrutement de l’ancien président iranien ?

Ahmadinejad et le Mossad : que cache le récit du recrutement de l’ancien président iranien ?

Ahmadinejad et le Mossad : que cache le récit du recrutement de l’ancien président iranien ?

Téhéran – Le démenti publié par le bureau de l'ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad concernant les informations publiées par le New York Times sur ses liens présumés avec le Mossad israélien et son assignation à résidence a relancé le débat sur sa position politique en Iran et sur les raisons qui pourraient faire de lui une cible potentielle pour la polarisation israélienne, et en même temps un instrument utilisable dans le conflit interne.

Le bureau d'Ahmadinejad a qualifié l'article de « totalement faux » et de « digne d'Hollywood », accusant le journal de mener une guerre psychologique et affirmant que l'ancien président poursuivait ses activités habituelles. En revanche, aucune déclaration détaillée n'a été publiée par le gouvernement iranien, le pouvoir judiciaire ou les Gardiens de la révolution pour confirmer son assignation à résidence ou annoncer des charges retenues contre lui.

Quelle est l'origine de ces accusations ?

Le 13 juillet, le quotidien israélien Haaretz a publié une enquête révélant que le Mossad avait mené un projet de recrutement d'Ahmadinejad, visant – selon ses sources – à le préparer à un éventuel rôle politique dans la vision israélienne de l'avenir du régime iranien. Le journal ajoutait que le projet avait échoué et n'avait pas atteint ses objectifs.

Le récit comportait des allégations concernant des rencontres et des contacts en dehors d'Iran, mais dans sa version publiée, il ne fournissait aucune preuve publique telle que des photos, des enregistrements ou des documents permettant une vérification indépendante de ses détails.

D'après les informations publiées, le recrutement d'Ahmadinejad ne peut être considéré comme un fait avéré. Il y a une différence entre une tentative de contact et de ralliement d'une personnalité politique par un service de renseignement, et la réussite de cette tentative en tant qu'agent transmettant des informations ou exécutant des missions. Pour l'instant, il s'agit d'une tentative de recrutement présumée, et non d'une coopération avérée en matière de renseignement.

Pourquoi Ahmadinejad précisément ?

Le choix d'un ancien président iranien connu pour ses propos farouchement anti-israéliens semble paradoxal. Mais selon le discours israélien, la valeur potentielle d'Ahmadinejad ne réside pas dans une affinité idéologique, mais plutôt dans son statut d'ancien président connaissant bien les rouages ​​de l'État, sa notoriété nationale et son absence d'affiliation à l'opposition iranienne basée à l'étranger.

Ahmadinejad a occupé la présidence de 2005 à 2013, accédant au pouvoir au sein du mouvement conservateur et bénéficiant d'un soutien institutionnel important, notamment après la crise qui a suivi les élections de 2009. Cependant, ses relations avec le centre du pouvoir se sont détériorées par la suite, et il est progressivement passé du statut de figure emblématique de l'establishment conservateur à celui d'homme politique difficile à classer dans la dichotomie conservateurs/réformistes.

Ahmadinejad a tenté à plusieurs reprises de revenir au pouvoir par le biais d'élections présidentielles. Il a déposé sa candidature en 2017 malgré l'avis contraire du Guide suprême de l'époque, Ali Khamenei, qui lui conseillait de ne pas se présenter, avant d'être disqualifié par le Conseil des gardiens. Il a ensuite été de nouveau disqualifié pour les élections de 2024 après avoir officiellement enregistré sa candidature.

Les médias iraniens rapportent que le différend entre Ahmadinejad et Khamenei s'est aggravé après que l'ancien président a appelé à un contrôle de l'autorité du Guide suprême, et qu'en 2018, il a plaidé pour des élections « libres », une position considérée comme une critique rare de la structure du gouvernement.

Ahmadinejad se trouvait donc dans une zone grise : il n'était pas un opposant au régime de l'extérieur, mais il n'était plus un membre de confiance du centre du pouvoir, et il cherchait toujours à faire son retour en politique, tandis que les institutions électorales lui fermaient la porte.

Le chercheur iranien Hadi Afkhami propose une explication à la mention récurrente du nom d'Ahmadinejad dans ces récits. Dans un entretien accordé à des sources médiatiques Net, il explique que l'ancien président a effectué deux mandats et que, durant le premier, il était globalement en phase avec la ligne du pouvoir. Cependant, ses désaccords avec ce dernier se sont accentués lors de son second mandat, notamment après la crise du ministère du Renseignement – ​​lorsqu'Ahmadinejad a contesté le choix du Guide suprême pour le poste de ministre du Renseignement – ​​laissant, selon les termes d'Afkhami, « une plaie politique qui ne s'est pas refermée ».

Afkhami estime que des adversaires extérieurs tentent d'exploiter ces désaccords, car toute rupture entre un ancien président et les institutions du régime offre une opportunité de guerre psychologique et de division au sein de la société iranienne. Il maintient toutefois qu'il ne croit pas qu'Ahmadinejad ait délibérément trahi son pays et appelle la présidence à fournir des explications plus détaillées afin de contrer les accusations et d'en atténuer les conséquences.

Accusation employable

La position ambiguë d'Ahmadinejad explique en partie pourquoi son nom est si souvent mêlé aux rumeurs et aux fuites. D'une part, il possède une connaissance approfondie des institutions étatiques et de leur fonctionnement, acquise au cours de ses huit années de présidence. D'autre part, il s'est heurté aux institutions puissantes, tout en conservant des ambitions politiques et une rhétorique populiste qui le présente comme le représentant des groupes marginalisés face aux élites.

En termes d'impact médiatique, le récit de ce contact avec lui pourrait démontrer que le Mossad est capable d'atteindre des personnalités qui étaient au cœur du régime iranien et de travailler sur des scénarios politiques parallèlement à ses opérations de sécurité et militaires.

En Iran, l'accusation de contact avec Israël déplace le différend avec Ahmadinejad du domaine politique au domaine sécuritaire, et pourrait compromettre ses chances de retour à la vie publique et nuire à son image auprès de larges segments de la population iranienne.

Cependant, cette analyse reste une interprétation des bénéficiaires potentiels de la diffusion de ce récit, et non une preuve que des entités officielles iraniennes en sont à l'origine, notamment en l'absence de toute annonce judiciaire ou sécuritaire concernant cette affaire.

Entre fuites et guerre psychologique

Il n'existe, à ce jour, aucune preuve publique indépendante démontrant qu'Ahmadinejad ait coopéré avec le Mossad, et les autorités iraniennes n'ont publié aucune information étayant l'affirmation selon laquelle il aurait été assigné à résidence.

L'affaire repose principalement sur des articles de presse provenant de sources non identifiées, contredits par un démenti catégorique du bureau d'Ahmadinejad, sans qu'aucune des parties ne fournisse de documents publics pour régler le différend.

Par conséquent, cette affaire – dans son état actuel – révèle davantage la position précaire d’Ahmadinejad au sein du régime qu’elle ne prouve le fait d’un recrutement par les services de renseignement : un ancien président issu du cœur du mouvement conservateur, qui s’est ensuite heurté aux institutions gouvernementales et a été exclu à plusieurs reprises des élections, mais qui n’a pas renoncé à ses ambitions politiques.

Entre la tentative présumée d'Israël de polariser le pays, ses désaccords avec les centres du pouvoir dans son pays et sa capacité à se présenter comme une victime de persécution, le nom d'Ahmadinejad devient un terrain d'entente où fuites de renseignements, conflits internes et guerre psychologique se croisent, sans preuve concluante à ce jour.


Catégorie : Politique | Publié le 16/07/2026 à 00:17 | Par NewsDuMaroc.com