Qu'est-ce que Swift et pourquoi les pays le craignent-ils ?
Qu'est-ce que Swift et pourquoi les pays le craignent-ils ?
Au cœur du système financier mondial, où des milliards franchissent les frontières en quelques secondes, l'argent n'est plus transporté dans des valises ni par les moyens traditionnels, mais transite par un système complexe de messages codés qui contrôlent le rythme de l'économie internationale.
Parmi ces systèmes, le système SWIFT se distingue comme l'un des outils les plus influents, non seulement sur le plan technique, mais aussi politique, au point de se retrouver au cœur des grandes crises internationales.
Dans un reportage diffusé par des sources médiatiques, Asmaa Ali examine la nature de ce système, expliquant que SWIFT — acronyme de « Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication » — ne transfère pas réellement d'argent comme on le croit généralement, mais agit plutôt comme un réseau de messagerie hautement sécurisé, similaire dans sa fonction aux applications de communication, mais dédié aux banques et aux institutions financières.
Ce système permet l'envoi, entre banques, d'ordres de paiement documentés, comprenant les détails des transactions financières et l'identité des parties, garantissant ainsi que les transferts sont effectués par différents canaux bancaires.
Réglementer les transferts financiers
D'après le rapport, la force de ce système réside dans le fait qu'il constitue le langage commun utilisé par plus de 11 000 institutions financières dans quelque 200 pays, lui conférant un quasi-monopole sur la régulation des transferts financiers internationaux. SWIFT offre des procédures standardisées permettant de réaliser les transactions rapidement et efficacement, tandis que son absence contraindrait les banques à recourir à des alternatives moins sûres et plus coûteuses, augmentant ainsi les risques opérationnels et complexifiant les mouvements de fonds.
Cependant, ce rôle technique s'est rapidement transformé en instrument de pression politique, car exclure un pays du système équivalait à un isolement financier quasi total. Les pays privés d'accès à SWIFT se sont retrouvés dans l'incapacité de payer leurs importations essentielles, comme les produits alimentaires et les médicaments, ou de percevoir les recettes de leurs exportations de pétrole et de gaz, ce qui a entraîné une forte contraction économique et une dépréciation de leur monnaie locale.
Ces répercussions ont été clairement démontrées lorsque cette mesure a été utilisée contre l'Iran en 2012, puis contre de grandes banques russes en 2022 dans le contexte de la crise ukrainienne.
Cette influence soulève des questions quant à l'identité du véritable détenteur du contrôle du système. Selon le rapport, SWIFT est officiellement géré depuis la Belgique et soumis au droit européen en tant que coopérative internationale. Or, la réalité révèle une forte influence américaine indirecte, découlant principalement de la domination du dollar dans les transactions internationales. Les banques et institutions financières du monde entier craignent de s'écarter des directives américaines, sous peine de sanctions ou d'exclusion du système financier basé sur le dollar. Cela confère à Washington un levier considérable pour utiliser SWIFT comme instrument de coercition économique.
En définitive, SWIFT n'est plus seulement une infrastructure technologique facilitant les transferts ; elle est devenue un pilier du pouvoir au sein du système international, où les intérêts économiques se mêlent aux calculs géopolitiques. Conçue comme une plateforme neutre, les mutations mondiales lui ont conféré un rôle qui dépasse sa fonction initiale, faisant d'elle un outil efficace de gestion des conflits économiques. Contrôler le flux des messages financiers signifie désormais avoir la capacité d'influencer, voire de paralyser, les rouages de l'économie mondiale.
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